L’essentiel à retenir du discours sur l’état de l’Union de Jean-Claude Juncker 

Chaque année, le Président de la Commission européenne tient un discours sur l’état de l’Union au mois de septembre.
Le mercredi 13 septembre 2017, Jean-Claude Juncker a tenu à rappeler les efforts faits par la Commission sur l’année écoulée. Il a également remercié les chefs d’États qui ont plaidé pour l’unité et a souligné la reprise économique depuis 5 ans. La croissance est plus forte dans l’UE qu’aux États-Unis et le chômage est en constante baisse. Le président Juncker se réjouit des résultats du Plan d’investissement pour l’Europe qui selon lui, a déjà généré  225 milliards d’euros d’investissements et a permis des prêts à «plus de 445 000 petites entreprises et à plus de 270 projets d’infrastructure. » Il pense avoir trouvé un subtil équilibre entre discipline budgétaire et croissance. Ainsi, suite au Brexit, il évoque une UE à 27 soudée dont la reprise économique est couplée avec un regain de confiance :  « L’Europe a de nouveau le vent en poupe… profitons de ces vents favorables. »

Ainsi, Jean-Claude Juncker souhaite mettre l’accent sur deux points essentiels :

  • Tenir le cap fixé l’an dernier 
  • Avoir des objectifs ambitieux pour l’avenir
«  Le moment est venu de bâtir une Europe plus unie, plus forte et plus démocratique d’ici à 2025. »
Sur le premier point, il rappelle la nécessité de parachever une union de l’énergie, de la sécurité, des marchés des capitaux, bancaire et numérique. Sur ces sujets et notamment sur l’épineux thème du détachement des travailleurs, Jean-Claude Juncker rappelle que « la Commission sera ouverte au compromis, du moment que le résultat final est le bon pour l’Union, et équitable pour tous les États membres»
  • Sur le commerce, l’Europe est présentée comme un espace économique attirant, dont les partenaires du monde entier se pressent à sa porte pour conclure des accords commerciaux (rappel et prévisions : Canada, Japon, Mexique et maintenant Australie et Nouvelle-Zélande…). Jean-Claude Juncker souhaite toutefois mettre au clair que le Parlement européen aura toujours le dernier mot sur les négociations et plaide pour arrêter les faux-procès faits à la Commission européenne (tout en s’engageant pour plus de transparence).
  • Sur l’industrie, il dénonce les entreprises automobiles trompant les consommateurs et prône davantage d’efforts pour une nouvelle stratégie industrielle en Europe basée sur la décarbonisation et la numérisation.
  • Sur le changement climatique, Jean-Claude Juncker critique le désengagement des États-Unis et veut poursuivre les efforts européens, notamment dans le secteur des transports.
  • Sur le numérique, les cyberattaques sont ciblées et décrites comme parfois plus dangereuses que « les fusils et les chars ». Il souhaite la création d’une Agence Européenne de cybersécurité.
  • Sur la migration, le nombre d’arrivées irrégulières par la Méditerranée a fortement chuté. Le Président Juncker salue ainsi l’effort italien en ce sens : « l’Italie sauve l’honneur de l’Europe en Méditerranée. » Indirectement, il critique les pays de l’Europe de l’Est pour leur manque d’implication dans l’accueil des réfugiés et se satisfait d’un statut d’asile accordé à plus de 720 000 réfugiés en Europe, soit trois fois plus que l’Australie, le Canada et les États-Unis ensemble. Il évoque également l’utilité de la carte bleue européenne pour les voies de migrations légales.
  • Enfin, sur la solidarité avec l’ Afrique, il invite les États membres à joindre le geste à la parole sur l’enveloppe financière en rappelant tout le travail de la Commission en ce sens.
Le Président évoque ensuite le futur de l’Europe en évoquant les cinq scénarios du livre blanc tout en proposant son sixième scénario reposant sur 3 principes: liberté, égalité et état de droit.
  • Sur la liberté, il prend la défense des journalistes (notamment en Turquie) et de l’opposition face à une dictature.
  • Sur l’égalité, il ne peut y avoir de citoyens, de travailleurs et de consommateurs de seconde classe. Il souhaite une éducation à la vaccination égale partout en Europe, un même salaire pour un même travail sur un même lieu et la même qualité des produits alimentaires dans toute l’Union.
  • Sur l’état de droit, c’est le respect de la justice européenne. Certainement en pensant à la Pologne, il évoque que « saper l’indépendance des juridictions nationales, revient à déposséder les citoyens de leurs droits fondamentaux. » Enfin, il conclut que « l’état de droit n’est pas une option dans l’Union européenne. C’est une obligation. »
Jean-Claude Juncker évoque un troisième point de son discours : l’efficacité de l’Union européenne. À ce titre, un des enjeux est d’étendre le vote à l’unanimité à la majorité qualifiée en utilisant les clauses passerelles du Traité.
  • Sur l’économie, il plaide pour un ministre européen de l’économie et des finances qui serait le commissaire européen en charge de l’économie et non une nouvelle fonction qui sera responsable devant le Parlement européen. Il balaye l’idée d’un Parlement de la zone euro considérant que la tâche revient au Parlement européen.
  • Sur le terrorisme, il plaide pour « la création d’une cellule européenne de renseignement. »
  •  Sur la défense, il fixe comme objectif 2025 pour disposer d’une union européenne de la défense opérationnelle.

Le président de la Commission aborde une Union plus démocratique avec le besoin d’un « sursaut ». 

En ce sens, il espère que les partis politiques européens lanceront leurs campagnes pour les prochaines élections plus tôt que par le passé. La Commission souhaite proposer de nouvelles règles sur le financement des partis et des fondations politiques. JC Juncker a également de la « sympathie pour présenter des listes transnationales. » 
Voulant faire davantage que les déplacements actuels des Commissaires pour des dialogues citoyens, il compte reprendre l’idée du président français Emmanuel Macron d’organiser des conventions démocratiques dans toute l’Europe en 2018.
L’innovation des têtes de liste appelée « Spitzenkandidaten » devrait être renouvelée. Le futur Président de la Commission « doit rencontrer les citoyens dans les mairies à Helsinki comme sur toutes les places d’Athènes. » Enfin, la dernière proposition phare dans l’efficacité démocratique reviendrait à fusionner « les présidences de la Commission européenne et du Conseil européen. » En effet, cela amènerait de la clarté dans le paysage européen.
Enfin, pour terminer son discours, Jean-Claude Juncker évoque le futur proche de l’Europe. Il prépare la sortie du Royaume-Uni prévue pour le 29 mars 2019 et les élections européennes à suivre quelques semaines plus tard. Il en appelle également au président Tusk et à la Roumanie pour organiser un sommet spécial en Roumanie, le 30 mars 2019.
Jean-Claude Juncker conclue sur le refus de l’immobilisme. De la métaphore de la maison, il souhaite parachever la toiture, du bateau, il souhaite larguer les amarres. Mettons les voiles et profitons des vents favorables.