A l’âge de 89 ans, Simone Veil est décédée. Ancienne déportée, elle a ensuite incarné l’indépendance des femmes et un idéal européen. Nous vous proposons de revenir ensemble sur son histoire.

1. Une rescapée de la déportation d’Auschwitz

Née à Nice en 1927 sous le nom de Jacob, Simone Veil était juive. Issue d’une famille bourgeoise, son père, André Jacob, était un brillant architecte, lauréat prix de Rome. Elle évoqua dans son autobiographie : « L’appartenance à la communauté juive était hautement revendiquée par mon père, non pour des raisons religieuses, mais culturelles. » 

Au cours la Seconde Guerre Mondiale, les Jacob sont marginalisés. En 1943, ils sont arrêtés par les Allemands et en avril 1944, Simone (16 ans), sa mère et sa soeur sont transportées au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.

Le lendemain, un matricule est tatoué sur son bras gauche. La famille est transportée à côté du camp pour effectuer des travaux de terrassement. Quelques mois plus tard, les Allemands regroupent les 40 000 déportés du centre pour la « marche de la mort ». Simone marchera pendant 70 kilomètres dans un froid glacial avant d’être transportée dans un wagon au camp de Bergen-Belsen.

La mère de Simone meurt au camp, ses père et frère sont déportés.  Le mémorial de la déportation des Juifs en France évoque «  Sur ce convoi qui comptait 878 hommes, il n’y eut que 23 survivants. Nul ne sait où et quand sont morts le père et le frère de Simone Veil. »

Simone Veil sait que sa vie s’est jouée à peu de chose. Elle gardera toute sa vie, le matricule 78651. Elle oeuvrera avec panache en faveur de la mémoire du génocide et défiera le temps et les hommes avec une énergie stupéfiante. L’ancienne députée Françoise de Panafieu évoque « Quand on a survécu au plus grand drame du XXe siècle, on ne voit évidemment pas la vie de la même manière.» A peine rentrée des camps, Simone Veil s’inscrit à Sciences Po, se marie, élève trois garçons et veut travailler. En mai 1968, elle observe avec bienveillance la rébellion des étudiants du Quartier latin. Elle écrit « Contrairement à d’autres, je n’estimais pas que les jeunes se trompaient : nous vivions bel et bien dans une société figée ».

2. A la conquête du droit à l’avortement

En 1974, le Premier ministre Jacques Chirac souhaite la nommer ministre de la santé. Elle accepta avec devant elle de nombreux défis, notamment une promesse du candidat Giscard: dépénaliser l’avortement. Le ministre de la Justice de l’époque y était défavorable, c’est donc Simone Veil qui présenta rapidement un texte autorisant l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Cette proposition lui vaudra insultes et menaces. Le 26 novembre malgré la tempête, elle défendit son projet : « Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours. (…) Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir. Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu’elles diffèrent de nous ; nous les avons nous-mêmes élevées de façon différente de celle dont nous l’avons été. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d’enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême. »

3. Une figure de la construction européenne

En 1977, quand Antoine Veil se présente sous les couleurs du RPR aux élections municipales à Paris, les électeurs lui demande s’il est le « mari de Simone Veil ». « Non, c’est Simone Veil qui est ma femme… ».  

A cette époque, un autre défi s’imposait à Simone Veil : participer à la construction de l’idéal européen. Elle évoqua « l’Europe a entraîné à deux reprises le monde entier dans la guerre. »A la demande de Valéry Giscard d’Estaing, elle conduit la liste Union pour la démocratie française (UDF) aux élections européennes de 1979, les premières au suffrage universel. Et en juillet 1979, elle accède à la présidence du premier Parlement européen issu de ce suffrage universel. Jacques Delors raconta «Simone Veil, pendant sa présidence, a fait preuve d’une qualité rare : le discernement. Dès son discours d’intronisation, elle a souligné les difficultés de la construction européenne. » Simone Veil n’imposait pas par ses mots, mais par sa présence avec un caractère entier et direct.

Dans les années 1990, Simone Veil s’éloigne de la politique pour se consacrer au Conseil constitutionnel. A la fin des années 2000, elle se retire peu à peu de la vie publique : en 2007, elle quitte le Conseil constitutionnel, puis, quelques semaines plus tard, la présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. On l’entend peu, mais elle sortira de son devoir de réserve en 2005, « pour appeler à voter oui au référendum sur la Constitution européenne ».

Aujourd’hui, nous pensons à elle, à ses combats, son histoire. L’Union européenne n’en serait pas là sans le tempérament et la détermination de Simone Veil.